Course contre la montre après le naufrage du Grande America

Course contre la montre après le naufrage du Grande America
© Reuters. GRANDE AMERICA: LA NAPPE D'HYDROCARBURES INQUIÈTE LE MAIRE DE LA ROCHELLE
BORDEAUX/PARIS (Reuters) - Les autorités françaises ont poursuivi jeudi leur course contre la montre engagée mardi pour prévenir le risque de pollution des côtes par le fioul lourd s'échappant du Grande America, un cargo italien qui a sombré dans le golfe de Gascogne.
Deux nappes distinctes se sont formées et, compte tenu des vents d'ouest, elles pourraient se diriger vers les plages de Charente-Maritime et de Gironde à une date qu'il est encore impossible de prévoir, a fait savoir le ministre de la Transition écologique, François de Rugy.
"Le risque existe bien sûr que des résidus que nous n'arriverons pas forcément à pomper intégralement arrivent sur les côtes", a-t-il déclaré lors d'un point de presse à la préfecture maritime de l'Atlantique, à Brest.
Quatre navires mobilisés par les autorités françaises et l'Agence européenne pour la sécurité maritime sont chargés d'effectuer les opérations de pompage.
Ces opérations sont cependant rendues actuellement difficiles par les conditions météorologiques, qualifiées de "très dégradées" par Riaz Akhoune, porte-parole de la préfecture maritime, devant des journalistes.
Les deux nappes ont des dimensions (13x7 kilomètres et 9x7 kilomètres) sans rapport avec celles qui ont provoqué les grandes marées noires du passé, comme les catastrophes de l'Erika, en 1999, et de l'Amoco Cadiz, en 1978.
Le Grande America, qui a coulé mardi à 333 kilomètres des côtes françaises, transportait environ 2.200 tonnes de fioul de propulsion dans ses soutes.
"LIMITER AU MAXIMUM LE RISQUE"
"Nous suivons avec évidemment beaucoup, beaucoup, beaucoup d'attention la situation", a dit le Premier ministre, Edouard Philippe, à des journalistes. "L'ensemble des acteurs publics sur ce dossier sont parfaitement mobilisés pour faire en sorte de limiter au maximum le risque."
"Notre inquiétude est plus tournée vers les professionnels de la mer, les ostréiculteurs, les mytiliculteurs, que sur la ville de La Rochelle", a dit jeudi à Reuters le maire de La Rochelle, Jean-François Fountaine. "S'il y a quelques traces d'hydrocarbures sur une plage de la ville, on saura la nettoyer immédiatement."
Le préfet maritime de l'Atlantique, le vice-amiral d'escadre Jean-Louis Lozier, avait précisé mercredi que le navire transportait 365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses (une centaine de tonnes d'acide chlorhydrique et 70 tonnes environ d'acide sulfurique), et un peu plus de 2.000 véhicules.
Le cargo long de 214 mètres venait de Hambourg (Allemagne) et devait se rendre à Casablanca (Maroc) quand un incendie s'est déclaré à bord, dimanche. Les causes de ce sinistre restent à éclaircir.
Une enquête judiciaire a été ouverte pour "remonter l'historique de ce navire" et voir si "la responsabilité de l'armateur, voire de l'équipage dans le déclenchement de cet incendie", peut être engagée, a précisé François de Rugy.
Les membres de l'équipage étaient entendus jeudi à Brest, a-t-il dit lors de son point de presse.
"Tous les coûts seront à la charge de l'armateur et de ses assureurs", a par ailleurs déclaré le ministre de la Transition écologique.
Le préfet maritime a mis en demeure l'armateur, Grimaldi Group, de mettre fin "au danger pour la navigation et l'environnement marin représenté par les conteneurs et autres éléments à la dérive" et de traiter les éventuelles pollutions maritimes.
(Claude Canellas à Bordeaux, Danielle Rouquié et Jean-Baptiste Vey avec Simon Carraud à Paris, édité par Yves Clarisse)